Les nouvelles de la Boutillerie #5



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Nos vies en chemin



Mon regard s’est toujours plus accroché au ciel et à l’horizon qu’aux bâtiments qui m’entourent, qu’à la terre que mes pieds touchent et qu’aux plantes qui poussent dans mon jardin.
Ma famille déracinée de force peine à s’ancrer. Mes cellules sont convaincues que de m’attacher, de me sentir quelque part chez moi est dangereux. Tous les jours j’entre dans la cour de la ferme et m’acclimate encore, découvre avec étonnement, j’essaye de trouver des repères… des espaces auxquels m’accrocher…
  • L’endroit du fil à linge sous le toit de la bergerie, un espace un peu serré où j’étends mes chaussettes à côté de celles de Betty et Eric, sensation de faire famille.
  • La vue sur le jardin depuis la fenêtre de la salle de bain…espace qui m’invite à la rêverie.
  • L’immense sapin qui reste le même été comme hiver.
-Sous l’érable, fête, poésie, spectacle et repas, un espace qui me donne envie de créer.

  • Ma quête de repère est bien fragile. Tout le reste change sans arrêt.
  • Les enfants grandissent, les travaux avancent et modifient nos espaces intérieurs.
  • Le mobilhome reste le même mais je cours quotidiennement derrière le dérangement créé par notre vie familiale. « Il n’y a que le changement qui ne change pas » dirait mon ami Kamel, tunisien finalement retourné dans son pays.

Je m’accroche à nos croisements dans le jardin avec nos brouettes ou nos paniers à linge.
Nos croisements dans la cour avec nos habits de boulot ou de travaux.
Croisements de vies et d’instants.
Vu d’en haut j’imagine tracer nos chemins au crayon sur la photo…elle serait si remplie.
J’y suis. Je suis ici. Il y aura encore des changements et des travaux et du mouvement mais aujourd’hui j’y suis et c’est gorgé de vie.

Natalia


Je suis de ceux qui peuvent dire je suis d ici. J y ai grandi et c était ma normalité. Puis j ai été attiré par d autres lieux plus ensoleillés, plus beaux, plus natures. Des lieux d aventure dont je rêvais.

Je suis de ceux qui peuvent dire je suis d ici. Cela me permet de citer des lieux que seuls les vieux lillois connaissent. Le monji. Grimonprez jooris. Le rocher des dondaines. L autopont. Les biscottes.

Je suis de ceux qui peuvent dire je suis d ici. Au fond, si ce n est la proximité de mes proches, cela ne fait pas tant de différences.

Je suis de ceux qui peuvent dire je suis d ici. Je suis meme revenu par choix. J aime pouvoir dire que je suis d ici et que cela ne change rien. J aime cette normalité finalement, ce ciel gris sans prétention, la fameuse chaleur du coeur et cet envie de faire de son mieux malgré tout. L aventure continue.

Benoit


Ici, on a le luxe d’être entouré d’arbres. Le cèdre bleu qui nous fait peur les jours de grosse tempête, le ginkgo, l’érable, quelques chênes et deux saules. Des grands frênes et des sapins peu gracieux. Mais mon arbre préféré n’est pas sur notre terrain. Il est juste en face du porche, devant la ferme. C’est le poteau soutenant le lampadaire public recouvert de lierre. On ne voit plus un centimètre de béton. Un arbre en lierre avec une ampoule au sodium. Je tremble à l’idée qu’un jour les agents d’Enedis ne viennent lui enlever toute sa poésie. J’y pense la nuit quand je rentre de chez notre voisin le poète après un match. Les France-Belgique y sont savoureux car la fenêtre en face de la sienne donne chez les adversaires. C’est la ligne médiane de la route qui nous fait passer d’un pays à l’autre.

Quand on va chercher des frites en vélo avec ma fille, elle s’amuse à rouler de l'autre côté en me criant « Coucou papa ! Comment ça va en France ?! ». On passe devant le Jésus Christ - certainement le reste d'une chapelle- qui se retrouve sur la façade d'un tabac. On croirait que c'est lui qui tient la grande pancarte rouge vantant les Prix Bas. On passe devant l'avion décorant le toit du bar d’en face. Un petit Cessna arrivé là sur une remorque. On lui a coupé les ailes pour qu’il puisse passer les tunnels.

On est à la lisière, dans l'entre deux. Tous nos bruits sont belges aussi. Les feux d'artifices, les sirènes américaines de la maréchaussée, la cloche de l'église d’Herseaux. Elle est consacrée à St Christophe le patron des voyageurs. Tous les 27 juillet, la police fait la circulation, le curé monte en soutane sur une chaise d’arbitre de tennis et les voitures défilent sous son goupillon pour obtenir la protection du saint. J'aime bien être là le 27 juillet.

Max


Des mots sur la porte



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Notre premier poésie.watt est fixé pour le 22 juin 24. On se retrouve, sans l’avoir anticipé, après la dissolution de l'Assemblée nationale par Macron et entre les élections européennes (43 % pour le FN à Wattrelos) et les législatives flippantes à venir. On se dit qu’on ne peut pas faire comme si de rien n’était. On se dit aussi qu’on est tous d’accord pour ne pas afficher une banderole « la jeunesse emmerde le front national ». Déjà car nous ne sommes plus très jeunes. Et surtout parce que ça nous paraît à tous contre-productif

Finalement on fait dans le tout petit qui nous cause: chaque visiteur nous dit ce à quoi il tient dans le quartier. Et leurs mots resteront tout l'été sur notre porte, jusqu'à ce que la pluie ne finisse de les effacer.


Arrivée de Benoit et Charlotte



Les mots de Natalia avant d'emménager... apaisant
Les attentions de Ute le premier WE... touchant
Le déménagement avec Eric, Fred, Claire, Paul, Natalia et Fanchon... rassurant

Avant-Après


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La soirée mémoire


Le 24 février 2024 nous avons organisé, grâce à nos voisins Roland et Annette, une soirée mémoire à la ferme. Nous avons invité : Colette et Bernard, les anciens fermiers qui ont quitté la ferme en 1972 pour réaliser leur projet de vie loin du milieu agricole de leurs origines. Alain qui a passé son enfance et sa jeunesse à la ferme. Sandrine et Sylvaine, dont les parents (Hector et Livia) ont acheté la ferme en 1972. Elles nous ont transmis la ferme et ont cru à notre projet. Et bien sûr Roland et Annette, nos voisins et gardiens du temps.

Cette soirée toute douce au coin du feu a été enregistré et monté par Ute.

Ecouter le podcast
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Les travaux avancent







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Un Repair-café? Super idée !
On répare et on boit du café ! En plus ça sonne english.
On l’a décidé, ça se tiendra chaque premier vendredi du mois, à la ferme, dans la cour ou dans le salon quand il fait froid. Et il fait froid, parfois, ici. Il y aura Martin qui répare les vélos, ses potes qui font des cuissons rocket-stove et puis aussi des machines à coudre et des outils précis qui démontent les trucs qui ne marchent plus.

On ment un peu en fait, parce qu’il n’y a pas de café, mais souvent de la soupe et parfois des pizzas.

Les Vélos, ça va encore, Martin est spécialiste et il a un copain qui vient souvent l’aider (il a beaucoup de copains Martin). Ils en ont réparé plein déjà, surtout les nôtres, il faut l’avouer, qui sont nombreux et qui marchent tous aussi bien que nos voitures. D’ailleurs on pense à étendre le concept du repair-café au repair-voiture. Il n’y aura toujours pas de café, ça ne pourra plus se faire dans le salon, mais, on a déjà testé, on arrive parfois à répair des voitures, surtout les anciennes de Martin.

La couture, ça va aussi, si le tissu n’est pas trop de la «gnognote», comme dit ma mère, un ourelet, une reprise, et hop, c’est repair ! Et puis on peut même repair les machines à coudre qui ne coudraient plus.

Pour le reste, en fait, on démonte plus qu’on ne repair. En cause, notre monde moderne et ses choix fourbes de produire beaucoup, à pas cher, avec des composants de plus en plus petits, fragiles, et indémerdables.. Une tondeuse, passe encore, un robuste robot ménager dont on trouve encore les pièces, c’est super, en machine à laver, on est devenu expert !

Mais pour le reste, il faut avouer que les objets qui nous entourent, si on les regarde de près, quand on arrive à les ouvrir, à voir ce qu’ils ont dans le ventre, on voit bien qu’ils ne sont pas faits pour être défaits, encore mois pour être refaits. En fait ils sont fait pour être jeté. Alors comment on fait pour notre repair? A ce rythme, on va repair quoi?

Pour se consoler, on tente d’enrichir le repair-café en projetant des documentaires pour s’aider à comprendre le monde qui nous entoure, comment il s’organise, comment il produit tous ces objets abscons et hyper pratiques autant qu’hyper-jetables. On s’informe, on cherche d’autres modes de consommation, de production, d’échange..

Nous on pensait repair des trucs, et on comprend qu’il faut surtout changer nos rapports à tous ces trucs, à l’achat de tous ces trucs, à l’envie de tous ces trucs. Parce qu’une fois qu’un truc aussi miniature qu’une enceinte bluetooth ne fonctionne plus, elle passe du statut de «trop bien» au statut de déchet, en une fraction de seconde. Et ce sera alors aussi complexe à réparer qu’à recycler. On dit alors que c’est de la merde, mais la merde se recycle facilement, on la composte, on la rend à la terre, voila. Alors qu’une enceinte bluetooth, on a essayé, elle reste intacte même au bout de 2 ans dans le compost, et ça agace les vers de terre qui n’écoutent pas de musique.

A titre d’exemple, mon ampli de salon a plus de 45 ans, et il tourne encore. Ses composants sont gros comme mon pouce, identifiables et changeables avec un fer à souder. Mais il n’est jamais tombé en panne ce con, alors qu’il aurait été si satisfaisant d’en changer une résistance ! Mais vous me direz, il est bien moins transportable qu’une enceinte bluetooth ! Certes, mais la qualité du son restituée est incomparable ! Et puis pour écouter de la musique sur le chantier par exemple, je me suis acheté une super petite enceinte… bluetooth…. Non, non, mais ça n’a rien à voir, la mienne elle marche.. encore…

En fait un repair-café, c’est surtout un bel endroit pour méditer sur notre monde qui vend du rêve plus que douteux. Notre Repair devient un repère de plus en plus politique, un lieu de réflexion et d’échange où s’informer sur comment faire autrement. Mais on ne désespère pas. On continuera à réparer des trucs. Mais on fera le tri avant d’acheter, au risque que ce soit à jeter.. un peu comme ce jeu de mots…

Fred



Pêle-mêle




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Au jardin


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poésie.watt



poésie.watt est un festival de poésie organisé par la ferme de la Boutillerie en complicité avec notre voisin Hugo Fontaine, poète attaquant de pointe.
Ici, la poésie se glisse dans les recoins du quotidien et dans les gestes simples.
Ce festival est une invitation, une porte ouverte à nos voisin·e·s, nos ami·e·s, et à tou·te·s celles et ceux qui passent par ici.
C’est un tout petit festival sans prétention ni budget mais riche de joie et de partage.
Nous avons déjà organisé deux éditions, en 2024 et en 2025, la troisième est en préparation (13 juin 2026)!
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Les évènements à la ferme


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24 Fevrier 2024
Soirée mémoire avec Colette et Bernard, Sylvaine et Sandrine, Alain, Roland et Annette sur l'histoire de la ferme et de ses habitant.e.s
22 Juin 2024
Poésie.watt #1. Le festival de poésie de la ferme de la Boutillerie
04 Aout 2024
Volante. Solo pour une maraîchère d'Armelle Verrips
les samedis d'Aout 2024
Cinéma plein air dans la cour de la ferme
28 Septembre 2024
Journée Portes ouvertes de la ferme
24 Novembre 2024
Troc ton boc #4
7 mars 2025
Sortie de résidence Peneloppe et sa troupe
7 Juin 2025
Poésie.watt #2. Le festival de poésie de la ferme de la Boutillerie
4 Juillet 2025
Repair.watt #1. Le repair-café et (guinguette) de la ferme
les samedis d'Aout 2025
Cinéma plein air dans la cour de la ferme
27 Septembre 2025
Portes ouvertes Projection du film Les Doléances d'Hélène Desplanques
3 Octobre 2025
Repair.watt #2
7 Novembre 2025
Repair.watt #3
5 Decembre 2025
Repair.watt #4






La presse en parle




Pourquoi il faut se rendre à Wattrelos ce samedi?

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Podcast commun murmure

Ecouter le podcast

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La poésie de la boutillerie



J’ai toujours eu l’impression de vivre au bord
Au bord d’une falaise, il suffit de peu pour tomber
J’arrive à me rattraper, les fils sont là, force et puissance infinie,
Quelque chose me dépasse, il suffit de peu pour avoir le vertige,
J’oublie que je sais aussi voler et que la connaissance des bords
S’est ancrée dans mon corps. Le cœur sait, je me dis, le cœur sait
toujours comment rattraper les fils.


Carolina Sepulveda